Ritournelle

J’ai écrit le petit conte qui suit pour illustrer l’aspiration
qui me pousse à développer ce métier.


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Une jeune fille, qui durant des années avait battu la campagne à la recherche de la plus belle fleur du monde, rentra un jour dans son village natal les poches pleines de graines qu’elle avait accumulé. Heureuse de pouvoir partager ces trésors avec les habitants, elle entreprit d’en semer à chaque coin de rue et dans chaque jardinière délaissée. Ainsi, se dit-elle, les villageois auront bientôt la surprise de voir cette beauté que je ramène de pays que nul n’a encore foulé.

Confiante, elle ne dit rien et la pluie passa. Et quand la pluie cessa les premiers rayons du printemps firent germer les graines. Les habitants, qui jamais n’avaient vu de pareilles feuilles pousser eurent peur, arrachèrent les jeunes pousses et les mirent au fumier.  La jeune fille, constatant le désastre, eut le coeur serré. Mais, plutôt que d’abandonner, elle fouilla le fond de ses poches et en ressortit quelques graines qui y traînaient encore. Cette fois-ci, avant de les semer, elle avertit les villageois et les pria de laisser s’épanouir les jeunes pousses qui leur paraissaient étrangères.
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Une nouvelle fois la pluie passa. Et quand la pluie cessa les premiers rayons du printemps firent germer les graines. Les habitants prirent plaisir à voir s’épanouir les jeunes pousses qui leur étaient étrangères. Quand l’été fut proche l’on commença à voir poindre les premiers bourgeons. Les villageois et la jeune fille étaient impatients et en joie. Mais un matin passa par là un touriste qui arracha toutes les jeunes fleurs qui de la rosée étaient nées. Il voulait offrir à sa belle un bouquet de cette essence magnifique qu’il découvrait ici. Son intention n’était pas mauvaise mais le mal était fait. Les villageois, constatant le désastre, eurent le coeur serré. La jeune fille était en larmes. Heureusement, ces années de voyage lui avaient appris à faire face avec courage. Alors, plutôt que d’abandonner, elle fouilla à nouveau le fond ses poches et dans un petit repli caché y trouva une ultime graine. Tout le monde se mit en quête de lui trouver une place de choix, visible et bien protégée. Mme le Maire envoya des missives pour expliquer l’entreprise aux bourgades alentours ; Mr le Boulanger s’entretint de l’affaire avec chaque étranger qui arrivait au bourg ; et le touriste, pour laver l’affront, s’empressa de mettre tout autour de la graine des petits panneaux pour la protéger des amoureux de passage.
Graine_3.jpgUne nouvelle fois la pluie passa. Et quand la pluie cessa les premiers rayons du printemps firent germer la graine. L’été arriva et cette fois-ci, tout le monde put contempler la haute plante aux fleurs pourpres, aux pétales si fines et au parfum si délicat. La jeune fille était heureuse et les villageois aussi. Durant toute la belle saison on vint de partout pour contempler cette fragile beauté. Le message était passé et personne ne se permit de la cueillir. Après l’été, la jeune fille garda les nouvelles graines et comme la première fois elle entreprit d’en semer à chaque coin de rue et dans chaque jardinière délaissée. Elle n’avait pas oublié la leçon, alors elle envoya des missives pour expliquer l’entreprise aux bourgades proches ; elle s’entretint de l’affaire avec chaque étranger qui arrivait au bourg ; et devant chaque graine elle mit un petit panneau pour la protéger des amoureux de passage.
Une nouvelle fois la pluie passa. Et quand la pluie cessa les premiers rayons du printemps firent germer les graines. L’été arriva et l’on vint de plus loin encore pour admirer les hautes plantes aux fleurs pourpres, aux pétales si fines et au parfum si délicat. On eut même cette année-ci suffisamment de graines pour que chaque touriste puisse repartir les poches pleines. Mais attention, les prévint la jeune fille, pensez à communiquer autour de vous quand vous semez ces petites merveilles, au risque de les voir trop tôt disparaître.

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